Guide de référence
Frais kilométriques : barème ou frais réels
Deux méthodes, une seule à la fois. Soit le barème kilométrique forfaitaire, qui multiplie vos kilomètres professionnels par un coefficient officiel. Soit vos frais réels, justifiés au centime.
La condition qu'on oublie : le barème est ouvert aux véhicules conservés dans le patrimoine privé, c'est-à-dire non inscrits au registre des immobilisations. Un véhicule inscrit relève des frais réels et de l'amortissement.
Le choix s'applique obligatoirement pour l'année entière et à l'ensemble des véhicules utilisés à titre professionnel : pas de mélange en cours d'exercice. Il peut en revanche être reconsidéré chaque année.
Rien de tout cela n'existe au micro-BNC : l'abattement de 34 % est réputé couvrir les frais de véhicule.
Est-ce que ça vous concerne
Le barème vous est ouvert si vous êtes au régime réel (déclaration 2035) et que votre véhicule est conservé dans votre patrimoine privé. Les titulaires de revenus non commerciaux sont autorisés à utiliser le barème forfaitaire BNC pour les véhicules conservés dans le patrimoine privé.
Il ne vous est pas ouvert si vous êtes au micro-BNC, ou si le véhicule est inscrit au registre des immobilisations de votre activité. Dans ce second cas, vous déduisez vos frais réels et pratiquez l'amortissement du véhicule.
Un mot franc sur l'arbitrage : pour beaucoup de tournées — fort kilométrage, petite cylindrée — le barème est déjà la méthode appliquée. Si c'est votre cas, il n'y a rien à récupérer de ce côté : vous déduisez déjà ce qu'il y a à déduire. La question ne vaut d'être posée que si vous êtes aux frais réels, ou si vous ne savez pas laquelle des deux méthodes votre 2035 applique — c'est une question à laquelle un comptable répond en trente secondes.
Comment marche le barème
Le montant dépend de deux paramètres seulement : la puissance administrative du véhicule (en CV, sur la carte grise) et la distance professionnelle annuelle (notée d). Trois tranches de kilométrage, avec une formule par tranche.
| Puissance administrative | Jusqu'à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d × 0,529 | (d × 0,316) + 1 065 | d × 0,370 |
| 4 CV | d × 0,606 | (d × 0,340) + 1 330 | d × 0,407 |
| 5 CV | d × 0,636 | (d × 0,357) + 1 395 | d × 0,427 |
| 6 CV | d × 0,665 | (d × 0,374) + 1 457 | d × 0,447 |
| 7 CV et plus | d × 0,697 | (d × 0,394) + 1 515 | d × 0,470 |
Véhicule électrique : le montant des frais de déplacement calculé en application du barème est majoré de 20 %. Cette majoration figure au II de l'article 6 B de l'annexe IV du CGI.
Deux-roues motorisés : le même document publie des barèmes distincts pour les cyclomoteurs et pour les autres deux-roues. Ils ne figurent pas ici parce que le calculateur d'IDEL Fiscal ne traite que les automobiles ; si vous faites vos tournées en deux-roues, référez-vous directement au barème officiel listé en bas de page.
Ce que le barème couvre, et ce qui s'ajoute
C'est le point qui décide si la bascule vous est favorable, et il est rarement écrit : en prenant le barème, vous renoncez à déduire par ailleurs tout ce qu'il englobe.
Couvert par le barème — et donc non déductible en plus : la dépréciation du véhicule, les dépenses d'entretien et de réparation, les dépenses de pneumatiques, les frais de carburant et les primes d'assurances.
Déductible en sus, pour son montant réel et sa part professionnelle : les frais de garage (location d'un emplacement ou parking), sous réserve des justifications nécessaires ; les frais de péage ; les intérêts annuels afférents à l'achat à crédit du véhicule.
À l'inverse, si vous optez pour les frais réels, vous déduisez ces mêmes postes pour leur montant justifié — carburant, entretien, assurance, amortissement — avec l'obligation de conserver chaque facture et de ventiler la part professionnelle. C'est plus lourd à tenir, et c'est parfois plus avantageux : sur un véhicule récent, coûteux et peu roulant, l'amortissement peut dépasser le forfait.
Quels kilomètres comptent
Les frais de déplacement que les titulaires de bénéfices non commerciaux exposent pour se rendre à leur lieu de travail et en revenir sont, en règle générale, inhérents à leur fonction et doivent, par suite, être admis en déduction. Les tournées, les retours au cabinet dans la journée et les déplacements entre patients sont des déplacements professionnels.
Pour le trajet domicile ↔ lieu de travail, la doctrine pose une règle de distance :
- Moins de 40 km : les frais peuvent être portés en déduction sans qu'il y ait lieu d'apprécier le caractère normal ou anormal de la distance.
- Plus de 40 km : les frais restent déductibles, mais à condition de justifier du caractère normal de l'éloignement.
Les trajets purement personnels, eux, ne comptent jamais — et c'est le premier point qu'un contrôle regarde quand le kilométrage annuel paraît élevé au regard de l'activité déclarée.
Ce que ça donne, sur un exemple chiffré
Chacune de ces données est une hypothèse ; changez-en une, le résultat change.
Hypothèses : véhicule thermique de 5 CV conservé dans le patrimoine privé ; 25 000 km professionnels dans l'année ; régime réel ; tranche marginale d'imposition de 30 %.
Au-delà de 20 000 km, la formule est d × 0,427 : 25 000 × 0,427 = 10 675 € de charges déductibles, soit environ 3 202 € d'impôt en moins sur cette hypothèse — à condition de ne rien déduire par ailleurs au titre de ce véhicule.
Si vous déduisez aujourd'hui 7 000 € de frais réels pour ce même véhicule, l'écart est de 10 675 − 7 000 = 3 675 € de charges déductibles supplémentaires, soit environ 1 102 € d'impôt en moins à la même tranche. Si vous en déduisez 12 000 €, la bascule vous ferait perdre de l'argent : il faut comparer, pas supposer.
La tranche intermédiaire fonctionne différemment, avec une part fixe : pour 15 000 km à 5 CV, (15 000 × 0,357) + 1 395 = 6 750 €. Prenez donc la formule de votre tranche, et non celle du voisin : appliquer par erreur la formule des grands kilométrages à 15 000 km donnerait 15 000 × 0,427 = 6 405 €, soit 345 € de charges déductibles perdues.
Ce qu'il faut faire
- Vérifiez d'abord votre situation de départ. Ressortez votre dernière 2035, ou demandez à votre comptable : barème, ou frais réels ? Sans cette réponse, aucune comparaison n'est possible.
- Vérifiez que le véhicule n'est pas inscrit au registre des immobilisations. S'il l'est, le barème n'est pas ouvert pour lui.
- Relevez la puissance administrative sur la carte grise (case P.6) et votre kilométrage professionnel annuel.
- Appliquez la formule de votre tranche, et comparez au total réellement déduit aujourd'hui, en n'oubliant pas que le barème remplace carburant, entretien, pneus, assurance et amortissement.
- Ouvrez un relevé kilométrique daté — carnet de bord ou application de suivi — et tenez-le au fil de l'eau. C'est ce qui justifie le montant en cas de contrôle.
- Si vous basculez, faites-le pour l'année entière et pour tous vos véhicules professionnels, et reportez le montant en charges sur la 2035 en lieu et place des frais réels.
- Ajoutez séparément péages, parking et intérêts d'emprunt, justificatifs à l'appui.
Ce qui coince
Ce barème n'est pas millésimé 2026, et il ne faut pas l'écrire. Le tableau publié est intitulé « pour l'imposition des revenus de l'année 2022 ». L'article 6 B de l'annexe IV du CGI n'a pas été modifié depuis l'arrêté du 27 mars 2023 : c'est donc bien le barème en vigueur, mais le présenter comme « le barème 2026 » serait faux. Un nouvel arrêté peut paraître au moment de la campagne déclarative : vérifiez l'onglet des versions publiées avant de reporter ces coefficients.
Pas de mélange, et pas à la carte. L'option pour le régime forfaitaire s'applique obligatoirement, pour l'année entière, à l'ensemble des véhicules utilisés à titre professionnel. Vous ne pouvez pas mettre un véhicule au barème et l'autre aux frais réels sur le même exercice, ni changer en cours d'année. L'option peut en revanche être reconsidérée chaque année.
Le barème ferme l'amortissement. Il couvre déjà la dépréciation du véhicule : vous ne pouvez pas l'amortir en plus. Sur un véhicule récent et coûteux, c'est souvent ce qui fait pencher vers les frais réels.
Le relevé reconstitué en avril ne vaut pas grand-chose. Un kilométrage annoncé sans trace écrite contemporaine est le premier point contesté en cas de contrôle.
Rien de tout cela au micro-BNC. L'abattement forfaitaire de 34 % est réputé couvrir les frais de véhicule : ni le barème ni les frais réels ne se déduisent par-dessus. Si le véhicule pèse lourd dans vos charges, c'est un argument à verser à l'arbitrage de régime, pas à cette page.
Les sources
- BOI-BAREME-000001 — « Barèmes d'évaluation forfaitaire du prix de revient kilométrique applicables aux automobiles et aux deux-roues motorisés », version en vigueur du 20 juillet 2023 : coefficients automobiles, barèmes deux-roues, majoration de 20 % pour les véhicules électriques, frais de péage, de garage ou de parking et intérêts d'emprunt déductibles en sus.
- BOI-BNC-BASE-40-60-40-20 — frais de voiture en BNC : frais couverts par le barème et frais de garage déductibles en sus (§ 120), option pour l'année entière et pour l'ensemble des véhicules (§ 130), option reconsidérée chaque année (§ 150), véhicules conservés dans le patrimoine privé (§ 410), frais financiers (§ 510).
- BOI-BNC-BASE-40-60-40-10 — frais de déplacement : principe de déduction (§ 1), règle des 40 kilomètres (§§ 30 et 40).
- CGI, annexe IV, article 6 B — dans sa rédaction issue de l'arrêté du 27 mars 2023 (NOR : ECOE2307260A) ; majoration électrique au II.
- impots.gouv.fr — frais de transport et simulateur officiel.
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