Guide de référence

Micro-BNC ou régime réel : comment choisir

Il n'existe pas de seuil unique, et la règle des 34 % que l'on lit partout est fausse — dans le sens qui vous coûte de l'argent.

Elle compare vos charges professionnelles à l'abattement de 34 % du micro-BNC, en oubliant que vos cotisations sociales sont elles aussi déductibles au régime réel. Elles consomment déjà une bonne part de l'abattement avant même que vous ayez compté la moindre charge. Le point de bascule réel se situe donc plus bas, et il dépend de vos chiffres.

Bonne nouvelle sur le calendrier : vous n'avez pas à trancher à l'avance. L'option pour le régime réel résulte du simple dépôt d'une déclaration 2035 dans son délai légal, au printemps de l'année suivante. Vous décidez une fois vos chiffres connus.

Est-ce que ça vous concerne

Le micro-BNC est ouvert tant que vos recettes ne dépassent pas 83 600 €. Ce seuil s'apprécie sur les recettes de l'année précédente ou de l'avant-dernière, et il faut deux années consécutives au-dessus pour en être exclu, au 1er janvier suivant. Un dépassement isolé ne change rien, et vos deux premières années d'activité ne sont jamais concernées.

Deux précisions changent souvent le résultat du calcul :

Si vous ne savez pas où vous en êtes aujourd'hui, le test tient en dix secondes : vous déposez une déclaration 2035 chaque année → vous êtes au réel. Vous reportez simplement vos recettes en case 5HQ de la 2042-C-PRO → vous êtes au micro-BNC.

Comment fonctionnent les deux régimes

Le micro-BNC : un abattement forfaitaire, aucun justificatif

L'administration retranche de vos recettes un abattement de 34 %, avec un minimum de 305 €. Vous ne justifiez rien ; en contrepartie, vous ne déduisez rien d'autre. Cet abattement est réputé couvrir toutes vos charges, cotisations sociales comprises.

Conséquence mécanique : le micro-BNC ne peut jamais être déficitaire. L'abattement est un pourcentage des recettes, il ne peut pas les dépasser.

Le régime réel : vos charges réelles, et une comptabilité

Votre bénéfice est égal à vos recettes moins vos charges effectivement payées et justifiées. Si les charges dépassent les recettes, le déficit provenant d'une activité non commerciale exercée à titre professionnel s'impute sur le revenu global du foyer, sans limitation ; l'excédent éventuel est reportable sur les six années suivantes (CGI, art. 156, I ; BOI-BNC-BASE-60).

Deux bases à ne jamais confondre

Votre bénéfice fiscal gouverne l'impôt sur le revenu. Il ne gouverne pas vos cotisations. Depuis la réforme d'assiette applicable en 2026, l'assiette sociale d'un libéral au réel part de vos recettes diminuées de vos seules dépenses professionnelles — cotisations non déduites — puis retranche un abattement forfaitaire de 26 %. Selon le poids de vos cotisations, cette assiette peut se situer au-dessus comme en dessous de votre bénéfice imposable. Ne concluez donc jamais sur votre situation sociale en regardant votre 2035.

Pourquoi les 34 % sont un faux repère

Le raisonnement courant est : « mes charges professionnelles représentent 20 % de mes recettes, donc moins que l'abattement de 34 %, donc le micro me sert mieux ». Ce raisonnement oublie une ligne entière.

Au régime réel, vous déduisez aussi vos cotisations URSSAF et CARPIMKO, qui représentent couramment 20 à 25 % des recettes à elles seules. L'abattement forfaitaire est donc consommé pour l'essentiel avant que la première charge professionnelle n'entre dans le calcul. C'est pourquoi le point de bascule réel s'exprime en : « charges professionnelles + cotisations » comparées à 34 % des recettes — et non en charges professionnelles seules.

Ce point de bascule est propre à chaque cabinet. Il dépend du montant réel de vos cotisations, et donc de votre ancienneté, de votre niveau de recettes et de votre situation familiale. Aucun pourcentage général ne peut le remplacer.

Ce que ça donne, sur un exemple chiffré

Chacune des lignes ci-dessous est une hypothèse. Changez-en une, le résultat change. Cet exemple ne porte que sur l'impôt sur le revenu : au réel, vos cotisations sociales se calculent elles aussi sur une assiette différente, ce que cet exemple simplifié n'intègre pas.

Hypothèses : recettes nettes de rétrocessions 60 000 € ; charges professionnelles hors cotisations 12 000 € ; cotisations URSSAF + CARPIMKO 13 000 € ; célibataire, une part, aucun autre revenu.

Barème de l'impôt sur le revenu appliqué : celui de l'imposition des revenus de 2025.
 Micro-BNCRégime réel
Ce qui est retranché des recettesabattement 34 % = 20 400 €12 000 + 13 000 = 25 000 €
Base imposable39 600 €35 000 €
Impôt sur le revenu4 984 €3 604 €

L'écart de base imposable est de 4 600 €. À une tranche marginale de 30 %, cela représente environ 1 380 € d'impôt en moins sur cette hypothèse — soit exactement l'écart calculé entre les deux colonnes.

Le point intéressant est ailleurs : dans cet exemple, les charges professionnelles seules (12 000 €) représentent 20 % des recettes, très en dessous des 34 %. La règle courante aurait conclu « restez au micro ». Ajoutées aux cotisations, elles atteignent 41,7 %, et la conclusion s'inverse.

Ce qu'il faut faire, étape par étape

  1. Relevez trois chiffres sur votre dernière année : recettes nettes de rétrocessions, charges professionnelles hors cotisations, total des cotisations URSSAF + CARPIMKO réellement payées. Les deux derniers figurent sur vos appels de cotisations.
  2. Additionnez charges et cotisations, et rapportez le total à vos recettes. Si le pourcentage obtenu dépasse nettement 34 %, le réel mérite un calcul complet. S'il en est proche, l'arbitrage se jouera sur des détails et demande une simulation fine.
  3. Chiffrez ce que le réel ouvrirait en plus : frais kilométriques, blanchissage, cotisation ordinale, Madelin prévoyance, PER déduit du bénéfice. Aucun de ces postes n'existe au micro.
  4. Chiffrez ce que la comptabilité coûte : honoraires d'expert-comptable, temps passé. Les honoraires sont eux-mêmes déductibles, le temps ne l'est pas.
  5. Pour passer au réel, il n'y a aucune demande préalable à faire. L'option peut résulter de la simple souscription de la déclaration n° 2035-SD, dans le délai prévu pour son dépôt. Vous décidez donc pour une année jusqu'au printemps de l'année suivante, chiffres en main.
  6. Pour revenir au micro, l'option se reconduit tacitement d'année en année : il n'y a pas d'engagement pluriannuel. La renonciation se notifie à l'administration, sur papier libre ou via la messagerie sécurisée, dans les mêmes délais ; elle prend effet au 1er janvier de l'année au titre de laquelle elle est exercée.
  7. Faites valider le calcul par un expert-comptable avant de vous décider.

Ce qui coince

Le réel n'est pas gratuit en temps. Il impose une comptabilité complète : déclaration 2035 et livre-journal détaillant recettes et dépenses (CGI, art. 99). C'est un coût réel, en honoraires ou en heures, qui doit entrer dans l'arbitrage au même titre que le gain fiscal.

La « simplicité » du micro a une limite. Vous devez tenir un document journalier des recettes mentionnant, pour chaque encaissement, le nom du patient, la date, le montant et la forme du paiement (CGI, art. 102 ter, 4). Le nom seul suffit dès lors que l'identité complète figure au dossier patient. Votre relevé SNIR ne remplace pas ce document : cette tolérance est réservée aux médecins conventionnés de secteur 1 et exclut expressément les auxiliaires médicaux (BOI-BNC-SECT-40, § 60).

On ne sort pas du réel en cours d'année. La renonciation prend effet au 1er janvier de l'année concernée et doit être notifiée dans le délai de dépôt de la déclaration.

À revenu modeste, une déduction rapporte parfois moins que votre tranche. La décote réduit l'impôt des foyers dont la cotisation brute reste sous 1 982 € (personne seule) ou 3 277 € (couple) pour l'imposition des revenus de 2025 ; dans cette zone, la conversion « 1 000 € déduits = 300 € d'impôt en moins » ne s'applique pas telle quelle.

Ce qui se dit encore sur les organismes de gestion agréés est périmé. La majoration de 25 % du bénéfice pour non-adhésion a été supprimée progressivement puis définitivement à compter de l'imposition des revenus de 2023 (loi n° 2020-1721 du 29 décembre 2020, art. 34 ; CGI, art. 158). Adhérer peut rester utile pour d'autres raisons ; éviter cette majoration n'en est plus une.

Ce que le passage au réel ouvre — et ferme

Au micro-BNC, l'abattement de 34 % est réputé tout couvrir : aucune déduction ne se pratique par-dessus. Sont donc fermés tant que vous y êtes :

Une exception utile à connaître : l'exonération de cotisations attachée aux chèques-vacances reste valable au micro-BNC. Un infirmier libéral conventionné relève des praticiens et auxiliaires médicaux conventionnés, dont les cotisations sont assises sur le bénéfice ; il ne relève jamais du micro-social, qui est un régime social, alors que le micro-BNC est un régime fiscal. La confusion entre les deux est constante et elle n'est pas anodine.

Au micro, la déduction PER reste possible, mais par une autre voie : celle du revenu global (CGI, art. 163 quatervicies), sans la majoration de 15 % propre à la déduction du bénéfice professionnel. L'économie existe, c'est le chemin qui change.

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Les sources

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